DUME, DC1, DC2, ATTRI1 : le guide des formulaires pour répondre à un marché public IT
La jungle des formulaires de la commande publique, expliquée simplement : à quoi sert chaque document, quand l'utiliser, et les erreurs qui font rejeter une candidature.
Si vous répondez à votre premier marché public IT, il y a un moment précis où vous décrochez : celui où le règlement de la consultation vous demande de fournir « le DC1, le DC2, le DUME le cas échéant, l'ATTRI1 en cas d'attribution, et le cadre de réponse en annexe 3 ». Quatre acronymes, deux conditions, et l'impression qu'on parle une autre langue.
Bonne nouvelle : derrière le jargon, la logique est simple. Ces documents répondent tous à la même question posée à des moments différents — est-ce que vous avez le droit et la capacité de prendre ce marché ? Voici à quoi sert chacun, dans l'ordre où vous les rencontrez.
La distinction de base : candidature vs offre
Un dossier de réponse a deux étages, et confondre les deux est l'erreur de débutant la plus fréquente.
- La candidature, c'est « qui êtes-vous et avez-vous le droit de répondre ? ». On y parle identité, situation juridique, capacités financières et techniques. C'est là qu'interviennent le DUME, le DC1 et le DC2.
- L'offre, c'est « que proposez-vous, à quel prix ? ». Mémoire technique, bordereau de prix, planning. Aucun rapport avec les formulaires de candidature.
L'acheteur examine d'abord la candidature (êtes-vous recevable ?), puis seulement l'offre des candidats recevables. Une candidature mal montée vous élimine avant même qu'on lise votre belle proposition technique. D'où l'importance de ne pas bâcler cette partie qu'on trouve administrative et ennuyeuse.
Le DUME : le formulaire qui remplace tous les autres
Le DUME — Document Unique de Marché Européen — est une déclaration sur l'honneur électronique, standardisée à l'échelle européenne. C'est l'outil moderne, et celui que les acheteurs poussent de plus en plus.
L'idée est élégante : au lieu de fournir une pile d'attestations (URSSAF, fiscale, casier…) dès la candidature, vous déclarez sur l'honneur que vous remplissez les conditions. Vous ne fournirez les justificatifs réels que si vous êtes pressenti pour l'attribution. Ça allège énormément le dossier en phase de candidature.
Le DUME se remplit en ligne (service DUME sur la plateforme de l'État, ou directement depuis le profil acheteur). On vous demande :
- votre identité et celle des dirigeants ;
- des déclarations sur les motifs d'exclusion (pas de condamnation, à jour de vos cotisations, etc.) ;
- vos capacités : chiffre d'affaires, effectifs, références.
Si le RC dit « le DUME est accepté », privilégiez-le : c'est plus rapide et réutilisable d'un marché à l'autre. Attention quand même : déclaration sur l'honneur veut dire que si vous déclarez faux et que c'est vérifié à l'attribution, vous perdez le marché et vous vous exposez à une exclusion des marchés publics. On ne déclare pas à la légère.
Le DC1 : la lettre de candidature
Le DC1 (« Lettre de candidature et habilitation du mandataire ») est le formulaire Cerfa classique, l'alternative « papier » au DUME. C'est la page de garde de votre candidature.
Il sert surtout à deux choses :
- Identifier le candidat et déclarer qu'il ne tombe sous aucun motif d'exclusion (les mêmes que dans le DUME).
- Gérer les groupements. Si vous répondez à plusieurs entreprises (cotraitance), le DC1 désigne le mandataire — celui qui parle au nom du groupement — et précise s'il est solidaire ou conjoint. C'est un point clé pour les PME qui se groupent pour atteindre la taille critique d'un gros marché.
Un seul DC1 par candidature (même en groupement), signé par tous les membres.
Le DC2 : la déclaration du candidat
Le DC2 (« Déclaration du candidat individuel ou membre du groupement ») est l'endroit où vous prouvez votre capacité. Un DC2 par entreprise candidate (donc plusieurs en cas de groupement).
On y renseigne :
- le chiffre d'affaires des trois derniers exercices (d'où l'importance de vérifier l'exigence de CA minimal du marché) ;
- les effectifs et les moyens techniques ;
- les références de prestations comparables — souvent les trois dernières années pour les services. Ce sont vos preuves : un marché IT vous demandera des références IT, pas vos chantiers de plomberie.
C'est le document qui dit concrètement « voici pourquoi je suis capable de tenir ce marché ». Soignez les références : une référence précise, chiffrée, dans le même domaine vaut dix références vagues.
L'ATTRI1 : seulement si vous gagnez
L'ATTRI1 (« Acte d'engagement ») n'intervient qu'à la fin, si vous êtes l'attributaire. C'est le document contractuel par lequel vous vous engagez fermement à exécuter le marché aux conditions de votre offre, signé par l'acheteur et vous.
Ne le confondez pas avec les formulaires de candidature : l'ATTRI1 scelle le contrat, il ne vous fait pas entrer dans la course. Beaucoup de débutants le préparent trop tôt par peur de mal faire — inutile, il vient après la notification.
L'ordre réel des choses
Pour fixer les idées, voici la chronologie d'un marché côté candidat :
- Vous candidatez : DUME ou (DC1 + DC2), plus les éventuelles pièces demandées par le RC.
- Vous remettez votre offre : mémoire technique, bordereau de prix, en même temps que la candidature dans la même enveloppe électronique.
- L'acheteur analyse, classe, et retient une offre.
- Si vous êtes pressenti, on vous demande les justificatifs réels (attestations fiscales, sociales, etc.) que vous aviez seulement déclarés.
- Attribution : vous signez l'ATTRI1, le marché est notifié.
S'il y a une erreur de débutant universelle, c'est celle-ci : confondre les capacités demandées dans le DC2 avec « tout ce qu'on sait faire ». Un prestataire IT qui répond à son premier marché a souvent le réflexe de remplir la section références avec ses plus beaux projets — sans vérifier qu'ils correspondent à l'objet du marché. Résultat : un dossier qui aligne trois références d'e-commerce pour candidater à un marché d'infogérance de poste de travail. Sur le papier, l'entreprise est compétente ; aux yeux de l'acheteur, elle n'a démontré aucune référence comparable, et la note de candidature s'en ressent. Le réflexe qui vient avec l'expérience : relire l'objet du marché, puis choisir les trois références qui lui ressemblent le plus — quitte à mettre en avant un projet moins prestigieux mais beaucoup plus proche du besoin.
Les trois erreurs qui font rejeter une candidature
Après le jargon, le concret. Ce qui élimine le plus souvent une candidature recevable sur le fond :
- Une pièce manquante non régularisable. Certaines plateformes refusent un dépôt incomplet ; ailleurs, l'acheteur peut demander une régularisation mais n'y est pas obligé. Ne pariez jamais sur la régularisation — déposez complet.
- Une signature électronique non conforme. Beaucoup de marchés exigent une signature électronique qualifiée (certificat eIDAS) sur l'acte d'engagement. Une signature scannée ne suffit pas. Vérifiez le format exigé avant la veille du dépôt.
- Le dépôt à la dernière minute. Les plateformes (PLACE, profils acheteurs) saturent à l'approche de l'heure limite. Un dépôt de 80 Mo lancé à 11h58 pour une clôture à midi, c'est la roulette russe. Déposez la veille si vous le pouvez.
En résumé
Le système paraît opaque mais il est cohérent : DUME (ou DC1 + DC2) pour candidater, mémoire + prix pour l'offre, ATTRI1 pour signer si vous gagnez. Une fois cette carte en tête, vous arrêtez de perdre du temps sur l'administratif et vous le réinvestissez là où ça compte — la qualité de votre réponse.
C'est d'ailleurs notre conviction de fond chez Aolyze : la valeur d'un prestataire n'est pas dans sa capacité à remplir des Cerfa, mais dans sa réponse technique. Plus vite le tri du DCE et le formalisme sont expédiés, plus il reste de temps pour bien répondre aux marchés qui en valent la peine. Si vous voulez voir ce que ça donne sur un de vos dossiers, la première analyse est gratuite.
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